
18 février 2026
Madagascar face à une succession de systèmes tropicaux intenses
En l'espace de quinze jours, Madagascar a été prise en étau par deux systèmes tropicaux d'une rare violence. Si le cyclone Fytia a ouvert une brèche dans les défenses du pays fin janvier, l'arrivée de Gezani le 10 février a achevé de briser les équilibres précaires. Au-delà de l’aléa météorologique, ces événements mettent en lumière la vulnérabilité structurelle de certains territoires face aux chocs climatiques répétés.
Toamasina : des infrastructures fortement impactées
Le 10 février 2026, l’œil du cyclone Gezani a percuté Toamasina avec des rafales de 270 km/h. L’intensité du choc est telle qu’elle est comparée aux records de 1994. Pourtant, la force du vent n’explique pas tout. Selon les données disponibles, une part importante de l’habitat urbain est constituée de matériaux vulnérables (terre, bois, écorce), ce qui accroît l’exposition des populations aux vents extrêmes.
Cette réalité transforme un aléa naturel en « piège » mortel pour les 400 000 habitants de la cité portuaire. Les premières estimations font état de dommages considérables :
- environ 90 % des toitures endommagées ou arrachées ;
- près de 75 % des infrastructures affectées ;
- un bilan humain provisoire de 31 décès.
Ces chiffres illustrent les défis posés par la résistance du bâti face à des phénomènes météorologiques de plus en plus intenses.
L’érosion de la résilience : Le lien Fytia-Gezani
L’analyse de la situation actuelle ne peut faire l’impasse sur le passage, quinze jours plus tôt, du cyclone Fytia. Ce dernier avait déjà durement frappé l’ouest avec des rafales à 210 km/h, faisant plus de 28 000 sinistrés.
C’est ici que se joue la « saturation » du territoire :
- Saturation hydrologique : Les pluies diluviennes de Fytia ont déjà gorgé les sols et fragilisé les digues de la plaine d’Antananarivo. Gezani, bien que rétrogradé en tempête tropicale, est arrivé sur un terrain incapable d’absorber de nouveaux flux, multipliant les risques d’éboulements et d’inondations massives dans la capitale.
- Paralysie logistique : Le réseau de communication et l’électricité ont été instantanément coupés à Toamasina. L’aéroport, essentiel pour l’acheminement de l’aide, est fermé aux vols commerciaux à cause d’une aérogare lourdement endommagée.
Un défi récurrent pour les capacités nationales de réponse
L’appel à l’aide internationale est aujourd’hui probablement inévitable, car l’ampleur des besoins dépasse les capacités nationales de réponse. Malgré le pré-positionnement de 1 000 tonnes de riz, la logistique est entravée par des routes jonchées d’arbres et de débris.
Ces événements illustrent un enjeu majeur pour Madagascar : la réduction de la vulnérabilité structurelle face à des phénomènes climatiques intenses et rapprochés. L’intensification rapide des systèmes tropicaux dans l’océan Indien renforce la nécessité d’investissements durables en matière de résilience des infrastructures, d’aménagement du territoire et de préparation aux risques.
©️ BNGRC