13 mars 2025

Reconstruire Mayotte après Chido : ne sacrifions pas la nature à l’urgence

Par :

Le cyclone Chido a laissé Mayotte meurtrie. Les images de destruction humaine sont encore dans tous les esprits : habitations détruites, infrastructures ravagées, habitants privés d’eau et d’électricité. L’urgence humanitaire est indiscutable. Mais un autre drame se joue en parallèle, plus silencieux, moins visible, et pourtant tout aussi déterminant pour l’avenir de l’île : celui de la dévastation des écosystèmes mahorais.

Crédit photo: Revue Gecko

Forêts déracinées, mangroves ensevelies sous les débris, récifs coralliens fragilisés : la nature, qui constitue la première ligne de défense de Mayotte contre les catastrophes climatiques, a été gravement impactée. Ces milieux naturels ne sont pas de simples paysages, ils garantissent la résilience du territoire face aux aléas naturels. Or, dans l’effervescence de la reconstruction, leur sauvegarde risque d’être reléguée au second plan.

Sans action rapide, les conséquences seront irréversibles. Les espaces naturels dégradés sont immédiatement exposés à la déforestation, aux constructions illégales et aux pollutions massives. Sans une réponse adaptée, ce sont des écosystèmes entiers qui risquent de disparaître, accélérant l’érosion des sols, aggravant les risques d’inondation et mettant en péril les ressources marines qui nourrissent une partie de la population.

Mayotte ne peut pas se permettre d’opposer urgence humanitaire et préservation environnementale. Au contraire, la reconstruction doit intégrer une approche écologique ambitieuse et pragmatique. C’est précisément l’appel lancé par plusieurs acteurs de la protection de l’environnement dans une tribune récente diffusée au sein de la Revue Gecko par le partenaire de Varuna, Les Naturalistes de Mayotte, rappelant les mesures essentielles à mettre en place pour éviter une catastrophe écologique. Dans cette continuité, il est urgent de :

  • Évaluer précisément les dégâts environnementaux pour mesurer l’impact du cyclone sur la biodiversité et orienter les actions de restauration ;
  • Mettre en place un programme de dépollution massif, en évacuant les déchets de manière sécurisée, y compris en milieu marin, afin d’éviter qu’ils ne finissent dans le lagon ;
  • Prévenir la dégradation accélérée des milieux naturels, en régulant l’urbanisation et en interdisant toute conversion des espaces sensibles à d’autres usages ;
  • Restaurer activement les habitats terrestres et marins, en garantissant les conditions de régénération naturelle et en s’appuyant sur l’expertise scientifique locale ;
  • Impliquer les populations et les experts dans la gestion post-cyclone, car une reconstruction durable ne peut se faire sans l’adhésion des Mahorais.

Les crises successives que traverse Mayotte – cyclones, tensions sociales, pression démographique – imposent de repenser notre modèle de développement. Si la reconstruction ne prend pas en compte la résilience écologique de l’île, elle ne fera que repousser la prochaine catastrophe.

L’après-Chido est un tournant. Faisons en sorte que ce soit celui d’une Mayotte plus forte, mieux préparée, et respectueuse de ses écosystèmes, qui sont le socle même de son avenir.