
06 juillet 2026
Science, société et biodiversité : retour sur 4 ans d’actions à travers le projet Varuna_Science de la durabilité et Varuna_Living Forest
Trois journées pour célébrer 4 années de dialogue entre science, territoire et société
Antananarivo, 2 au 4 juin 2026 : Réunis à l’hôtel Carlton, les partenaires des projets VARUNA Living Forest et VARUNA Science de la Durabilité ont partagé les résultats, les enseignements et les perspectives issus de quatre années d’engagement en faveur d’une meilleure gouvernance de la biodiversité dans l’océan Indien. Cet atelier de clôture a rassemblé chercheurs, institutions publiques, représentants de la société civile, communautés locales et partenaires techniques et financiers autour d’un objectif commun : renforcer le dialogue entre science et société pour favoriser une gestion plus juste et durable de la biodiversité.
Financés par l’Agence Française de Développement dans le cadre du programme Varuna et coordonnés par Expertise France, les projets VARUNA SD, piloté par l’IRD, et VARUNA LF, coordonné par le CIRAD, ont poursuivi une ambition commune : promouvoir le dialogue entre science et société afin d’améliorer la gouvernance de la biodiversité à Madagascar et dans l’océan Indien.
Au cours de trois journées d’échanges, les participants ont pu revenir sur les réalisations des deux projets, partager leurs expériences et réfléchir collectivement aux conditions de pérennisation des acquis.
Dépasser le cloisonnement des savoirs
Si les deux projets ont développé des approches différentes, ils partageaient un même objectif : renforcer les capacités des acteurs à dialoguer, apprendre ensemble et construire collectivement des réponses aux défis de la biodiversité.
Pendant longtemps, les politiques de conservation ont été pensées à partir de savoirs produits dans des sphères souvent distinctes : recherche scientifique, administrations publiques, communautés locales ou encore médias. L’un des principaux enseignements du programme Varuna Biodiversité est que la qualité des décisions dépend aussi de la qualité des interactions entre ces différents mondes.
Le projet VARUNA Science de la Durabilité, piloté par l’IRD, s’est attaché à créer ces passerelles. À travers des dispositifs de médiation scientifique, des collaborations avec les médias et des espaces d’échange avec les décideurs, il a contribué à rendre les connaissances sur la biodiversité plus accessibles et plus discutées dans l’espace public.
Les résultats présentés lors de l’atelier montrent que ces démarches ont permis de toucher des publics variés, bien au-delà du cercle académique. L’exposition itinérante consacrée à la biodiversité a circulé dans plusieurs dizaines de localités à Madagascar et dans la région, sensibilisant plus de 34 000 visiteurs. Les outils audiovisuels participatifs développés avec le dispositif e-POP ont quant à eux permis à de jeunes réalisateurs de documenter les enjeux environnementaux de leurs territoires et d’alimenter le débat local à travers projections et discussions publiques.
Au-delà des chiffres, ces initiatives illustrent une même ambition : faire de la connaissance un objet partagé, susceptible de nourrir les décisions collectives et l’engagement citoyen.
Des territoires comme espaces d’expérimentation
Alors que VARUNA Science de la Durabilité intervenait principalement sur les interfaces entre science, société et décision publique, VARUNA Living Forest a choisi de partir des territoires eux-mêmes.
Coordonné par le CIRAD, le projet a accompagné trois Laboratoires Vivants Territoriaux (LVT) : à Ranomafana et Tampolo à Madagascar, ainsi qu’à Mohéli aux Comores. Ces espaces ont été conçus comme des lieux d’expérimentation où les différents acteurs concernés par la gestion des ressources naturelles peuvent se rencontrer, confronter leurs points de vue et élaborer ensemble des solutions adaptées à leurs contextes.
Au cœur de cette démarche se trouve la transdisciplinarité. Plus qu’une collaboration entre disciplines scientifiques, elle vise à associer l’ensemble des détenteurs de savoirs dans la production de connaissances et la recherche de solutions. Les laboratoires vivants ont ainsi constitué des espaces où expertises scientifiques, expériences vécues et savoirs locaux ont pu dialoguer sur un pied d’égalité autour des enjeux de biodiversité.
La deuxième journée de l’atelier a permis de revenir sur les trajectoires de ces trois laboratoires vivants. Jeux collaboratifs, théâtre-forum, projections de films et discussions multi-acteurs ont donné à voir la diversité des méthodes mobilisées pour favoriser la participation et l’apprentissage collectif.
L’expérience des LVT montre que les défis liés à la biodiversité ne relèvent pas uniquement de questions écologiques ou techniques. Ils concernent également les relations entre les acteurs, la reconnaissance des différents savoirs et la capacité à construire une vision commune de l’avenir des territoires.
En réunissant chercheurs, communautés rurales, autorités coutumières, collectivités territoriales et services de l’État autour de problématiques concrètes, les laboratoires vivants ont contribué à instaurer des formes de gouvernance plus inclusives. Plus d’un millier de personnes ont participé aux activités menées dans les trois sites, permettant l’émergence et l’expérimentation d’innovations sociales et organisationnelles adaptées aux réalités locales.
Un changement d’échelle dans les pratiques
L’un des apports majeurs du programme réside dans sa capacité à avoir dépassé la logique de projets ponctuels pour installer des dynamiques appelées à perdurer.
Les restitutions ont ainsi montré que les outils produits au cours des quatre années continueront à circuler et à être mobilisés par les partenaires. L’exposition sur la biodiversité a été transmise à plusieurs institutions afin de poursuivre les actions de sensibilisation. Les expériences des laboratoires vivants ont été capitalisées dans des supports destinés à inspirer d’autres initiatives. Un lexique de la biodiversité en langue malgache a également été élaboré pour faciliter l’appropriation locale des connaissances scientifiques.
Cette volonté de transmission traduit une évolution importante : les projets n’ont pas seulement produit des résultats, ils ont contribué à renforcer des capacités individuelles et collectives susceptibles de prolonger leurs effets dans le temps.
À travers VARUNA Science de la Durabilité et VARUNA Living Forest, le programme Varuna aura ainsi démontré que la conservation ne dépend pas uniquement de la production de connaissances ou de la mise en œuvre de mesures techniques. Elle repose également sur la capacité des sociétés à organiser le dialogue entre les différents détenteurs de savoirs, à construire la confiance et à expérimenter collectivement de nouvelles façons d’agir.
Au terme de quatre années de travail, l’atelier d’Antananarivo a moins marqué la fin de deux projets qu’une étape dans la construction de communautés d’acteurs désormais mieux outillées pour relever ensemble les défis de la biodiversité dans l’océan Indien.