
12 février 2026
VARUNA lance une analyse coûts–bénéfices pour mieux mesurer l’impact des projets de son Fonds Business Biodiversité Océan Indien
Le Fonds Business Biodiversité Océan Indien (FBBOI), mis en œuvre dans le cadre du programme VARUNA, engage une analyse coûts–bénéfices sur deux projets soutenus à Madagascar. L’objectif est de documenter de façon structurée la valeur créée pour les communautés, les filières économiques et les écosystèmes, et de consolider des modèles économiques réellement compatibles avec la biodiversité.
Dans le cadre du programme régional VARUNA, mis en œuvre par Expertise France et financé par l’Agence Française de Développement (AFD), le Fonds Business Biodiversité Océan Indien (FBBOI) franchit une nouvelle étape en matière de pilotage et de transparence : une analyse coûts–bénéfices (ACB) est lancée sur deux projets soutenus à Madagascar.
Cette démarche vise à documenter de façon structurée la valeur créée par ces projets — pour les communautés locales, pour les acteurs économiques et pour les écosystèmes — et à renforcer l’ambition du FBBOI : accompagner une transformation réelle et durable des pratiques des entreprises, au-delà d’une simple logique de financement de projet.
Le FBBOI : catalyser des modèles économiques compatibles avec la biodiversité
Le programme VARUNA s’inscrit dans le hotspot de biodiversité du Sud-Ouest de l’océan Indien, où les pressions sur les milieux naturels (déforestation, surexploitation des ressources, changement climatique, pollution) se conjuguent à des enjeux de développement économique et social.
Au sein de ce dispositif, le Fonds Business Biodiversité Océan Indien (FBBOI) constitue un levier essentiel : il soutient et catalyse des initiatives portées par des entreprises ou des acteurs productifs locaux, capables de démontrer qu’il est possible de concilier :
- viabilité économique,
- création de valeur locale,
- réduction des pressions sur la biodiversité, restauration ou préservation des écosystèmes.
L’objectif n’est pas uniquement de financer des activités “vertueuses”, mais de faire émerger des trajectoires économiques plus durables, où la biodiversité cesse d’être une contrainte externe et devient un facteur central de résilience, de stabilité et de compétitivité.
Pourquoi lancer une analyse coûts–bénéfices maintenant ?
Après bientôt deux années de mise en œuvre du FBBOI, une question devient centrale : comment démontrer concrètement, au-delà des intentions, que les projets soutenus produisent des bénéfices nets pour la société et pour la biodiversité ?
La décision de réaliser cette analyse coûts–bénéfices répond à trois enjeux majeurs :
1) Mieux objectiver la transformation des pratiques économiques
Les projets financés dans le cadre du FBBOI visent à faire évoluer les pratiques : réduction des défrichements, adoption de techniques culturales plus durables, utilisation d’engins de pêche plus sélectifs, restauration d’habitats…
Pour autant, il est indispensable de pouvoir montrer — chiffres à l’appui — dans quelle mesure ces transformations se traduisent en effets réels et mesurables sur le terrain.
2) Renforcer la capacité à mesurer la valeur créée par les projets
Un fonds “Business & Biodiversité” exige un niveau de preuve spécifique. Au-delà des indicateurs classiques d’exécution, il doit pouvoir démontrer des bénéfices dans plusieurs dimensions :
- sociale (revenus, sécurité des moyens de subsistance, capacités locales),
- économique (effets pour la collectivité, coûts évités),
- environnementale (préservation et restauration des écosystèmes).
L’ACB constitue ici un outil structurant pour renforcer l’évaluation et l’apprentissage du fonds.
3) Consolider la crédibilité et la reproductibilité du FBBOI
L’ACB vise enfin à alimenter une question stratégique : quels modèles fonctionnent réellement ?
En identifiant ce qui crée le plus de valeur et dans quelles conditions, VARUNA pourra mieux guider :
- la conception des projets futurs,
- les choix d’investissement,
- la qualité du suivi d’impact,
- et la reproductibilité à plus grande échelle.
L’ACB est ainsi mobilisée comme outil afin d’objectiver la valeur créée. L’analyse s’inscrit dans une logique comparative : elle permet de comprendre la valeur ajoutée du projet par rapport à ce qui se serait produit autrement, en l’absence d’intervention.
Deux projets pilotes étudiés à Madagascar
L’analyse portera sur deux projets soutenus par le FBBOI, choisis pour leur potentiel de transformation et leur capacité à documenter des bénéfices multiples, à la fois sociaux, économiques et environnementaux.
Fiharilova – Création de revenus durables (Corridor Forestier de Bongolava)
Le projet « Fiharilova – Création de revenus durables » est mis en œuvre par Livestock Feed Limited Madagascar (LFL Madagascar), en partenariat avec le Fikambanana Bongolava Maintso (Association FBM) et l’ONG Malagasy Miarina Tany Soa (ONG Miarintsoa).
Depuis 2016, l’association FBM gère le Corridor Forestier de Bongolava, refuge d’espèces endémiques sur plus de 60 000 hectares. Cependant, les pressions croissantes liées aux feux de brousse et aux défrichements agricoles ont entraîné une perte notable de couverture forestière, affectant directement les équilibres écologiques et les conditions de vie des communautés.
Le projet combine des actions techniques et sociales complémentaires :
- amélioration de l’accès aux jeunes plants pour les communautés locales,
- délimitation des zones agricoles autorisées,
- installation de pare-feux et création de comités locaux de gestion des incendies,
- sensibilisation et formations sur la biodiversité et les services écologiques rendus par les forêts,
- diffusion de pratiques agricoles durables, appuyées par des parcelles de démonstration.
L’ambition est à la fois écologique et socio-économique : permettre une meilleure résilience des ménages, renforcer la capacité d’investissement local dans la conservation, et contribuer à réduire la perte de couverture forestière dans la zone.
Crab’OSEC – Boeny : pêche durable et préservation des mangroves
Le projet « Crab’OSEC – Boeny » est mis en œuvre par SOGEDIPROMA SA, en partenariat avec le CNRO, l’IHSM et le RENAFEP Madagascar.
Le projet répond à un enjeu majeur : l’intensification des exportations de crabe de mangrove à partir de 2013 a entraîné une augmentation forte des captures, accompagnée d’une crise halieutique. Malgré un cadre réglementaire sur la taille minimale de capture, les engins de pêche restaient non régulés, favorisant une sur-capture de juvéniles.
Crab’OSEC vise à restaurer les populations de crabe de mangrove autour de Soalala et Ampitsopitsoka, et à renforcer le rôle écologique des mangroves, en promouvant notamment des pratiques de pêche plus durables et l’usage d’engins sélectifs (agrandissement des mailles des balances à crabes).
L’approche est conçue pour produire un double bénéfice :
- améliorer la survie des crabes et reconstituer la ressource,
- augmenter les tonnages et la valeur marchande des captures, tout en sécurisant les revenus des communautés.
Le projet prévoit également des actions de concertation et de conservation, afin de suivre les changements et renforcer une gestion concertée de la filière.
Une expertise mobilisée au sein du réseau VARUNA
Pour conduire cette analyse coûts–bénéfices, le programme VARUNA mobilise une expertise ancrée dans son écosystème régional, en s’appuyant sur Xavier Koenig, spécialiste des approches “capital naturel” et d’évaluation socio-économique des projets environnementaux.
Professionnel de la durabilité avec plus de 15 ans d’expérience, Xavier Koenig est actuellement doctorant en Natural Capital Accounting à l’Université des Mascareignes, et développe une spécialisation reconnue sur les cadres de comptabilité environnementale (SEEA-EA) et les approches applicables au secteur privé.
Son parcours combine une culture opérationnelle, des expériences de pilotage de projets de conservation et une pratique confirmée du dialogue multi-acteurs, notamment dans la zone océan Indien. Il contribue également à des travaux académiques récents sur la valorisation du capital naturel et la gouvernance des usages des terres.
Ce choix illustre la volonté de VARUNA et du FBBOI de renforcer les synergies au sein du réseau régional, en mobilisant des compétences capables de relier biodiversité, dynamiques économiques et exigences croissantes en matière de mesure d’impact.
Conclusion : vers un FBBOI plus “transformationnel”, fondé sur l’apprentissage et la preuve
À travers cette analyse coûts–bénéfices, VARUNA et le FBBOI réaffirment une conviction essentielle : financer des projets Business & Biodiversité n’a de sens que si l’on est en capacité de mesurer et démontrer la transformation réelle des pratiques.
L’enjeu n’est pas de multiplier des initiatives ponctuelles, mais de construire des modèles économiques robustes, capables :
- de créer de la valeur pour les communautés,
- de renforcer la durabilité des filières productives,
- et de réduire durablement les pressions sur les écosystèmes.
Cette démarche s’inscrit dans une logique de pilotage par l’impact, d’amélioration continue et de transparence, afin de mieux comprendre ce qui fonctionne, pourquoi, et dans quelles conditions ces modèles peuvent être reproduits à plus grande échelle.
En lançant cette analyse, VARUNA, au travers du FBBOI, investit ainsi dans un pilier fondamental de toute démarche d’innovation : mesurer, apprendre, comparer et ajuster, au service d’une transition économique réellement compatible avec la biodiversité dans le Sud-Ouest de l’océan Indien.